la ciagle et la fourmi La Fontaine

La Cigale et la Fourmi

Jean de La Fontaine, Fables La Cigale et la fourmi, illustration de Gustave Doré

“La Cigale et la fourmi” de Jean de La Fontaine, illustration de Gustave Doré

La Cigale et la Fourmi est un texte culte et intemporel, étudié à de nombreuses reprises aussi bien pour les enfants que pour les adultes. Il s’agit de la première fable du recueil de Jean de La Fontaine publié en 1668. Cet apologue (qu’est-ce donc? Un apologue est un récit utilisé pour instruire, qui sert à illustrer une morale) est inspiré des fables d’Esope, auteur antique du VII-VIe siècle av J.C, et montre deux visions du monde. Même si ce texte et ses valeurs sont toujours d’actualité, il est intéressant de faire un bond dans le temps de quelques siècles afin de comprendre le contexte dans lequel La Fontaine l’a écrit…

Tout d’abord La Fontaine dédicace ses premières fables à Monseigneur le Dauphin, c’est à dire au fils du roi Louis XIV, également prénommé Louis et alors âgé de sept ans. Dans sa dédicace l’auteur souligne que derrière le côté ludique voire puéril des fables (textes courts, animaux…) se cache une vérité importante, une leçon. Il écrit donc ces fables dans un but didactique afin d’enseigner des valeurs au dauphin tout en gardant un aspect simple et divertissant. Il s’agit donc d’apprendre avec plaisir, sans en avoir l’impression. C’est ce qu’on appelle lier l’utile à l’agréable!

La reine Marie-Thérèse et son fils le Dauphin de France, Charles Beaubrun, 1663-1666.

La reine Marie-Thérèse et son fils le Dauphin de France par Charles Beaubrun, 1663-1666.

Dans la dédicace que l’auteur adresse au dauphin, on apprend que le pays traverse une guerre en plein hiver, une première! On peut donc comprendre que l’hiver sera rude pour certains…(Un peu comme pour notre Cigale?).

Maintenant que nous savons dans quel but ont été écrites ces fables, voyons le contenu de “La Cigale et la Fourmi”!

Nos deux personnages sont donc une cigale et une fourmi. Le recours aux animaux est assez traditionnel dans l’écriture des fables tout en leur donnant une dimension humaine. Ici la cigale et la fourmi sont des allégories (une allégorie est la représentation d’une idée, de quelque chose d’abstrait) qui incarnent deux stéréotypes, d’un côté la fourmi travailleuse (qui peut être associée au paysan à l’époque) et de l’autre la cigale rêveuse et oisive (qui peut être une représentation de l’artiste).

On apprend donc dès le début que l’hiver arrive, synonyme de période de famine, et que notre rêveuse, la Cigale, se retrouve sans rien à manger («Se trouva fort dépourvue/Quand la bise fut venue»). C’est ainsi qu’elle va à la rencontre de la fourmi, sa voisine, afin de lui quémander de quoi survivre jusqu’à l’été prochain, lui promettant un remboursement avec intérêt (on peut d’ailleurs noter une opposition entre les traits humains de la notion de paiement et la «foi d’animal», est-ce par ce que l’argent nous ramène à des besoins bestiaux, primaires? Ou est-ce pour décrédibiliser la fiabilité de la Cigale?). Mais la fourmi, qui elle avait anticipée et travaillée tout l’été, refuse de lui prêter le moindre grain.

Quelle est la morale de l’histoire? Doit-on immédiatement conclure que la fourmi a le fin mot de l’histoire et qu’il faut travailler pour survivre au lieu de «chanter tout l’été» dans l’insouciance? Et qu’on ne peut compter que sur soi-même? Non, c’est bien plus subtil.

Illustration de Grandville pour La Cigale et la Fourmi

“La Cigale et la fourmi” de Jean de La Fontaine, Illustration de Grandville

En réalité La Fontaine ne donne pas de morale explicite (explicite c’est quand une idée est clairement exprimée), il choisi de rester neutre et de laisser le lecteur la deviner. La morale est donc implicite (elle n’est donc pas donnée, elle est sous-entendue, il faut la deviner!), ambiguë. En effet si la fourmi a su être prévoyante et travailleuse, elle apparaît cependant comme sévère et égoïste face à la cigale. Voire hypocrite quand elle lui demande ce qu’elle faisait pendant l’été alors qu’elle connaissait déjà la réponse, comme pour humilier sa voisine. La cigale, elle, n’a pas su anticiper l’hiver et compte sur les autres pour pouvoir subvenir à ses besoins, elle représente la légèreté. Cependant elle apparaît comme polie et honnête, ne demandant que de quoi vivre, c’est plus par manque de conscience et par naïveté qu’elle n’a pas su prévoir de provisions. Aussi, pendant tout l’été, elle fait profiter son entourage de son chant («Je chantais, ne vous déplaise»).

On pourrait penser que La Fontaine s’identifie à la cigale, surtout qu’au XVII e siècle les artistes n’étaient pas toujours bien vus, mais il laisse le choix au lecteur de se faire sa propre idée de la leçon à tirer de cette fable. Faut-il donc blâmer l’égoïsme de la fourmi ou l’oisiveté de la cigale?

La morale serait-elle donc un juste milieu des deux? À nous de voir.

Le modèle de la fable permet donc d’instruire et de plaire en même temps. Une fable a un sens moral mais également un sens social puisque les fables représentent les réalités du monde. C’est pourquoi elles sont toujours récitées, réécrites et illustrées de nos jours. On se souvient tous de les avoir apprises enfants…LA CIGALE ET LA FOURMI INSPIRATION ANTOON KRINGS timothée rouxel

“La Cigale et la fourmi” de Jean de La Fontaine, Illustration de Timothée ROUXEL

Cliquez ici pour apprendre à utiliser la gouache comme sur cette illustration.

Cliquez-ici pour obtenir la fable “La Cigale et la Fourmi” dans une mise-en-page originale et illustrée

L’article est d’Estelle RIPPE.

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