La performance technique doit-elle primer en illustration

Il y a encore peu de temps, j’étais conditionné par la théorie et obsédé par la technique du dessin. Le côté “performance”.

Mon dessin était en fait sclérosé par une approche scolaire.

Je vous partage dans cet article, les réflexions qui m’ont permis de me détacher de ce carcan pour gagner en créativité. Peut-être vous retrouverez-vous dans ce cheminement, peu importe votre domaine de compétence.

Une ancienne image dans laquelle je me suis perdu dans la multiplicité des détails, on peut compter chaque pétales des fleurs dans l’herbe… Mais aucun des personnages n’est concerné par la situation, ils sont rigides, n’interragissent pas et aucune émotion ou histoire précise n’est communiqué.

J’ai enregistré une vidéo sur le sujet il y a peu. Je me suis aidé de vos commentaires pour écrire mon article, vous trouvez à la fin de cet article les vidéos du sujet ainsi que les commentaires des contributeurs et les liens vers leurs sites et réseaux sociaux.

Je me souviens, après mon année d’étude dans une école de graphisme, être devenue totalement réfractaire à l’idée d’incorporer plus de trois polices différentes sur un document.

Lorsqu’on observe l’évolution du graphisme et l’utilisation des typographies dans le domaine de l’illustration à l’heure actuelle : cette “règle” ne fait plus aucun sens !

En réalité, les règles en ce qui concerne l’art sont, sans exception, subjectives et modulables.

Une ancienne illustration. Une fois de plus aucun personnage n’interragie avec quoi que ce soit. Il y a un vague désir de rendre une ambiance “mystique” sans précision. Un bateau intervient dans la scène mais il n’y a aucun évènement de traduit. Résultat, l’attention se focalise sur l’aspect technique dans lequel cette image est bourrée de défaut. Voici une image que j’estime complètement ratée.

Alors pourquoi ai-je donné tant d’importance aux “règles” à mes débuts ?

En préambule, je veux dire que les aspects “théoriques” du dessin et du graphisme sont des outils indispensables pour les illustrateurs.

La théorie et les techniques sont des “références” par rapport auxquelles nous pouvons nous positionner en tant qu’illustrateurs.

Par exemple, aller à l’encontre des règles de perspectives à point de fuite pour représenter une scène en s’inspirant de l’imagerie médiévale peut avoir du sens.

Par contre, faire une illustration avec une perspective ratée, sans intentions définies, nuit à la lecture de l’image. Ce qui la rend moins pertinante pour s’adresser à un large public.

Si j’ai donné énormément d’importance à la technique dans un premier temps, c’est avant tout parce qu’à travers ce prisme, faire du dessin revient à appliquer une recette !

Une pin-up avec tous les défauts d’une pin-up ratée. Ce n’est qu’une représentation d’un corp, le décor n’a pas plus de consistance qu’un poster bas de gamme. On ne comprend rien à la situation. êtes-vous particulièrement mal à l’aise ? 😉

Une recette assez difficile, c’est sur… d’ailleurs, ce n’est pas parce que j’avais la volonté d’être techniquement juste que je l’étais pour autant. Mes vieux dessins sont bourrés d’erreurs techniques (je pense que vous n’êtes pas passé à côté !). Cependant, je les dessinais dans cet état d’esprit.

Pour ne donner qu’un exemple, en ce qui concerne la couleur, un “puriste” de la théorie des couleurs pourra estimer qu’un ton n’a rien à faire dans une ambiance (pour des raisons scientifiques). Dans son paradigme, l’observation de ce détail sera concomitante avec le rejet de l’oeuvre dans sa globalité. “La recette n’a pas été bien appliquée !” C’est la logique que j’appliquais a tout, en permanence.

C’est forcément un frein à l’ouverture d’esprit… En plus de se gâcher tous les intérêts annexes qu’une illustration peut offrir.

Dans mon cas, je nourrissais un certain confort de cette situation. Pour une raison très simple. Chaque image se justifie alors par le bon respect des règles de composition, de lumières, de volumes, de perspective, d’anatomie, etc. Je me suis installé dans une routine avec arrogance, puisque j’en savais plus que ceux qui ne savent pas (sans en savoir beaucoup pour autant.)

Il est arrivé un stade dans mon apprentissage du dessin, ou la théorie est devenue un rempart à mon évolution.

Effectivement : pourquoi dessiner des scènes sous un angle de vue original ou bien cadrer différemment lorsqu’une image composée par tiers avec 3 montagnes dans le fond suffit à faire le job pour pouvoir dire que “ça marche” ?

Le problème c’est que ça ne “marche” plus quand il faut raconter quoi que ce soit.

Il est bien lourd à supporter ce gros bagage quand on vous donne le premier “brief”.

-“Tiens Timothée, voici l’image à illustrer”.
-” Euh voilà, c’est bon j’ai bien fait la perspective ??”
-“… -“Oui… La perspective est très bien, par contre on ne ressent pas vraiment d’émotion…”
– “L’émo… , mais si, j’ai utilisé une palette de …”
– “Je n’en ai rien à faire, ce n’est pas ce que je veux : recommencez !”

Ce genre de situation, c’est toujours des grandes claques. Le réflex c’est de penser que le client est un débile.

Bah oui ! “Moi je connais le dessin, moi je sais si c’est juste ! Les règles sont respectées ! Le mec c’est un trou du cul qui comprend rien ! De toute façon je vaux mieux que lui !”

Mais j’avais évidemment tort ! Et depuis quelques années, j’ai eu la chance de travailler sur plusieurs projets d’illustration dans des styles vraiment différents, du cartoon à la couverture réaliste ou semi-réaliste. Mes clients sont de plus plus en plus satisfaits. J’ai depuis appris que la première qualité d’une illustration est d’être au service d’un message ou d’une histoire.

Peu importe le style, seule la capacité d’un dessin à communiquer un message, une histoire ou une émotion fait de lui une bonne illustration.

D’un point de vue strictement professionnel, se rendre compte de ça a des avantages multiples.

  • Vous gagnerez du temps sur le rendu en recherchant la lisibilité
  • Vos échanges avec le client seront améliorés
  • Vos clients vous recommanderont plus volontiers s’ils se sont sentis compris.
  • Vous nourrirez moins de stress au quotidien et gagner en confiance.
  • Vous devenez “un créatif” au lieu d’être un exécutant.
Voici une image récente dont je suis assez fier. Tout est réfléchi pour être au service de la narration avant tout. La scène est directement lisible et chaque détail est dessiné pour renforcer le message.
Une autre image récente. Un fan art de Donald sur un ton humoristique. Aucun détail n’est superflu, mais l’interraction entre les personnages et l’ambiance en font une image très riche narrativement.
Une femme sexy, mais dans l’action, avec une situation compréhensible. De la violence et du suspens. Un cocktail que j’aime beaucoup. C’est un fan-art du film “Atomic Blonde”. C’est une image semi-réaliste. Il y a très peu de détails, mais l’essentiel pour traduire l’ambiance. Evidement, pas mal de choses à revoir avec le recul.

Pour voir la vidéo initiale sur le sujet, rendez-vous sur ma chaine YouTube [CLIQUEZ ICI] et abonnez-vous pour ne pas rater les prochaines vidéos.

Les commentaires détaillés sont relayés sur mon blog avec un lien vers les réseaux sociaux ou sites auteurs (ce qui améliore leur référencement et leur visibilité), ainsi sur les prochaines vidéos, donnez-moi vos avis détaillés si vous souhaitez devenir un acteur du blog !

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Et voici les meilleurs commentaires qui m’ont aidé à rédiger cet article ( faisant référence à la vidéo initiale.)

Yumérêves
Son site : https://yumereves-illustrations.jimdo.com/
Son Instagram : https://www.instagram.com/yumereves/
Son Youtube : https://www.youtube.com/channel/UCEDci2bUt7CZ-jn3ZwFMoQA/featured?view_as=subscriber

Pour moi tout est question de lisibilité pas de simplicité du dessin, et bien souvent celà rime avec maitrise de la composition. Frazzetta par exemple fait des images complexes et pourtant très lisibles, et il est apprécié aussi bien des techniciens que des spectateurs qui ne connaissent pas ce monde, l’important est que son image soit comprise, le reste n’est qu’une affaire de gout. Sur tes deux bandes dessinées, il est probable que j’aurais préféré la seconde à la première car le dessin très simplifié me touche moins que celui qui est plus fouillé, pas trop non plus, mais certains publics aiment les dessins très complexes au contraire. Il y’en a pour tout le monde. Dans une bande dessinée le dessin est ce qui va nous attirer mais au final ce qui nous fera aimer une bande dessinée reste son histoire avant tout, il y’a par exemple “appartement ” de kang full qui est d’une laideur au niveau dessin mais très apprécié pour son histoire, en revanche les BDs qui ont un superbe dessin mais une mauvaise histoire ne nous restent clairement pas à l’esprit. Pour moi le mot clef de tout ça reste la lisibilité et le débat sur un dessin simplifié ou très fouillé est une question de goùt de chacun et non de vérité.

Commentaire de Yumérêves

Luth Ostinato
Son Instagram : https://www.instagram.com/luth_ostinato/
Sa chaine youtube : https://www.youtube.com/channel/UCjzlpll0hahnBDRphUP5EeA

Hello m’sieur ! Ouaip je suis plutôt d’accord avec toi. J’en viens même à penser qu’en général si l’on dessine ou crée quelque, c’est en souvent pour transmettre quelque chose. Que ce soit un message, une intention, un questionnement ou bien tout simplement une émotion, une ambiance. Après je pense qu’en général on applaudit énormément la technique de par notre vision européenne (Mais aussi Outre-Atlantique maintenant) très beaux arts hérité des écoles Flamandes et du Nord, mais bon je ne suis pas historien d’art, juste un passionné du coup j’évite de partir trop en live sur cette piste. Mais même lorsque l’on regarde des peintures au musée, il y a toujours une intention derrière et encore plus dans l’Art Moderne et Contemporain. Je lis en ce moment Le Héros au mille et un visage et si il y a bien un truc qui ressort de tout ça, c’est que l’humain à toujours aimé se raconter des histoire, pour se rassurer, se sentir moins seul ou bien juste pour expliquer des choses qu’il ne comprend pas tout en ayant aussi le désire de les transmettre. Et je pense que cela rejoins ce dont tu parlais au sujet des dessins simplistes et des mêmes internet, c’est que de base, on aime se raconter des histoires et les partager et comme tout le monde n’est pas un maitre technicien, cela nous touche plus et directement de part un style “naif” et directe. Là ou le même message, mais réalisé dans un style pompier pourra nous paraitre plus difficile d’accès, ou alors juste passer à côté au profit de la beauté de l’image. Après pour ce qui est de la technique vs. simplicité/story-telling, je pense que déjà l’une ne va pas sans l’autre dans le sens où, généralement, on apprend à construire pour ensuite déconstruire et ré-interpréter. Donc comme tu disais, apprendre la technique est une fondamental majeure pour pouvoir créer efficacement et ne serait-ce que comprendre ce que l’on fait pour réaliser quelque chose d’efficace. Après l’apprentissage, je pense que c’est juste une question d’affinement de nos goûts, de nos connaissances, de notre vécu et de notre curiosité. On devient tel une falaise face au vent de la mer qui se sculpte avec ce qui l’entoure et le vent qui lui souffle dessus (ok ok on va éviter la poésie de comptoir haha). On peut aimer beaucoup plus la technique comme des artistes qui ont été cités dans les commentaires, comme on peut se diriger vers plus de simplicité (d’ailleurs ta Colombe percée d’une flèche rouge sang, me fait penser à des dessins de Jean Cocteau. Qui lui aussi allait dans la simplicité et la poésie.). C’est une question de goût, d’envie, parfois de challenging aussi, se tester, se prouver des choses ou bien tout simplement l’envie de ne plus se prendre la tête. Et ce que je trouve génial dans tout ça c’est que à tout moment on peut changer ses envies. Je pense à František Kupka d’ailleurs (dont une magnifique exposition avait eu lieu au Grand Palais à Paris), un artiste que l’on peut considérer de complet car ayant touché à tout en terme de style, passant du dessin de presse à la Daumier, pour ensuite faire des peintures limite symboliste et petit à petit arriver sur des tableaux plus abstrait et contemporain. Cela montre que le plus important, c’est de ne pas s’enfermer dans un seul style (sauf si évidemment c’est votre complète passion.), car on est fait d’envie et de besoin, même en Art/Art Appliqués et que souvent, changer un style de trait, un style de composition, etc, peut apporter beaucoup, autant pour l’image que l’on crée que pour l’artiste qui la réalise. Et surtout que comme tu le dis si bien, l’important c’est que le message passe. Bref, désolé du pavé, je trouvais cette réflexion très intéressante et je me suis laissé emporté ! Merci en tout cas de partager tes réflexion c’est toujours très intéressant !Moins

Commentaire de Luth Ostinato

Longue Mire (Est-ce que tu peux me donner tes infos en commentaire que j’ajoute les liens ? Merci d’avance et désolé 😉

Je ne suis pas tout a fait d’accord. Personnellement j’aime beaucoup marino degano ou Eric Guillon qui savent avec trois trait faire des chose incroyable narrativement mais je trouve aussi que Norman Rockwell en fait autant. Pour moi Ca tient du fait que la nécessité l’emporte sur l’image en temps que tel. Rockwell, c’est des images forte car elles ont une mise en scène très poussé qui touche les gens, “mais” dans une seul image. Si il avait fait la même chose en BD, ça serait déjà oublié je pense. C’est pour ça que les images simple fonctionnent très bien dans une bd car ça aide à la narration en la rendant plus fluide contrairement au image très poussé qui nuise à ça justement. La bd c’est une suite d’images est de ce fait il faut voir les cases comme un tout. L’image trop poussé casse ce tout car l’oeil est perdu. D’ailleurs, Comme Rockwell “certaine” couverture de vieux polars de Glen Orbik induisent une histoire qui dépasse l’image, mais tout comme lui en bd ça serait imbuvable.

Commentaire de Longue Mire
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