ILLUSTRATION ARTICLE LAVIS dessiner et écrire

Le lavis à l’encre de chine

Vous avez un projet de livre illustré : votre histoire est fantastique ! Vous y avez mis tout votre cœur, vos tripes ! Les gens doivent savoir ! Ils doivent lire ce texte à tout prix ! Et pas sur internet, non ! Vous êtes digne du papier, celui qui sent bon le livre neuf ou le vieux livre (Remarquez qu’un papier sent rarement bon le livre “d’âge moyen”, à méditer… Ou pas 😉 ).

C’est pour faire honneur à votre prose que vous avez méticuleusement coloré pendant 5 ans l’ensemble de vos 150 illustrations en doubles pages ! Vous allez tous les épater, c’est sûr ! À commencer par vos amis ! D’ailleurs… Il leur faut une copie de votre livre et vite !! Zou ! Vous déposez confiant la clé USB contenant votre “précieux” à l’imprimeur le plus proche et, …
à moins de faire un crédit sur 30 ans, l’option de l’autoédition de qualité pour plus de 5 exemplaires va être compliquée…
Aucun doute : “cet imprimeur est un escroc” vous dites-vous ! Chez le copieur d’à côté, c’est bien moins cher : “Aller hop, j’en imprime deux exemplaires et je mangerai des pâtes ! De toute façon, il suffit que j’envoie mon manuscrit à un éditeur pour qu’il voit que… Que les couleurs sont immondes sur ces copies !!!”.

Vos rêves sont brisés, vous errez sans but dans la tristesse d’un monde qui s’emploie jour après jour à casser votre ambition. Vous êtes passé à côté du succès… Tant pis, vous retournez à votre boulot… Malheureusement pour vous, l’usine de taille de silex a fait faillite… Et oui, nous sommes en 2018 enfin ! (D’ailleurs, vous auriez deux mots à dire à votre conseiller d’orientation  !) Dans un ultime effort de survie, vous parvenez à prendre rendez-vous chez un éditeur… À la simple lecture du pitch, et sans même jeter un œil aux illustrations, vous vous prenez un magistral  : “ C’est très mauvais “ en pleine face… Évidemment, c’était votre premier texte… Et le dernier…

Cette histoire ne vous arrivera pas, car je vais dès maintenant vous révéler l’astuce ultime pour éviter ces erreurs et vous épargner des prix d’imprimeur exorbitants :

 

Illustrer en noir et blanc avec la technique du lavis à l’encre de chine !

Effectivement, chez un imprimeur classique, l’impression en couleurs nécessite l’utilisation de 4 encres différentes (ou plus mais, je ne rentrerai pas dans les détails pour cet article), en revanche, une illustration en noir et blanc ou en “valeurs de gris” (du gris clair au gris foncé) peut être imprimée avec de l’encre noir uniquement. Ceci baisse radicalement les coûts d’impression ! Vos projets les plus fous de BD autoéditées ou de fanzines entre copains sont immédiatement rendus plus accessibles ! Par ailleurs, pour l’édition numérique et notamment sur “liseuse” (type Kindle) travailler ses images en noir et blanc reste la solution qui s’adapte aux plus de supports !

L’autre bonne nouvelle qui devrait vous convaincre d’essayer l’illustration en “valeur de gris”, est que vous allez progresser aussi bien en noir et blanc, qu’en couleur !
Un des points les plus importants dans la composition d’une illustration réussie est la répartition des “valeurs”. Ainsi, en concentrant toute votre attention sur ce point, vous allez tout naturellement (avec beaucoup d’exercice), développer le goût de la composition ! Ça vous servira toute votre vie !

Ne passez pas à côté de l’opportunité de progresser. Le lavis à l’encre de chine est une technique qui va vous permettre de développer un style unique avec une grande diversité d’effets à moindre coût.

Voici un aperçu de différents styles de lavis :

(Je ne reviendrai pas sur des questions d’histoire de l’art pour le moment. Appréciez simplement la diversité.)

Dai Jin - XVem Siècle CHINE

Dai Jin – XVem Siècle – Chine

Recherche au Lavis nicolas poussin XVIIem Siecle

Recherche au Lavis – Nicolas Poussin – XVIIem Siècle – France/Italie

Hokusai -Femme noyée XVIII et XIXem Siècle

Femme noyée – Hokusai – XVIII et XIXem Siècle – Japon

Frédéric Legrip - bord de rivière XIXem FRANCE

Bord de rivière – Frédéric Legrip – XIXem – France

Käthe Kollwitz - Femme en prière XXem Siècle

Femme en prière – Käthe Kollwitz –  XXem Siècle – Allemagne

Il est à noter que la technique du lavis ne s’applique pas uniquement à l’encre de chine. Il est possible de diluer toutes sortes d’encres et de peintures pour créer un lavis.
Victor HUGO, le grand écrivain du XIXe siècle était également dessinateur. Il avait pris l’habitude de terminer ses dessins en utilisant son café.

Victor Hugo -Château fort sur une colline - XIXem Siècle

Château fort sur une colline – Victor Hugo – XIXem Siècle – France

Mais trêve de blabla ! OUH lala ! Tous ces grands noms qui claquent au vent de l’histoire vous font tourner la tête ! Vous êtes à deux doigts de connaître un des secrets des grands-maîtres !

Je vais vous guider pas-à-pas dans la réalisation d’une illustration au lavis

Avec en bonus, l’encrage à la plume ! C’est parti !

Le matériel :

  • un carnet de croquis ou des feuilles imprimantes pour les recherches.(du papier pas cher en bref)
  • un crayon gris HB et une gomme.
  • un papier type Canson 200 grammes (ne vous ruinez pas tout de suite avec du beau papier “Arche”)
  • de l’encre de chine
  • un pinceau à lavis en poil de petit-gris (comme sur la photo) assez gros, pour avoir un gros “réservoir”, la pointe de ces pinceaux est toujours fine, même pour les gros pinceaux.
  • Un porte-plume et une plume type “sergent major”
  • 3 récipients et de l’eau

matériel lavis

Mon matériel. Pour gommer, j’utilise une gomme “mie de pain” pour ne pas abîmer mon papier.

Les étapes de création

I Les recherches

Vous avez choisi votre sujet ? Pour moi, c’est la fable “ Le Rat des villes et le Rat des champs” de Jean de la Fontaine (et oui, j’en profite toujours pour réaliser mon défi d’illustration !) Nous voilà fin prêt pour commencer nos recherches ! Avant toutes choses, j’essaie toujours de “trouver” mes personnages au croquis dans une pause neutre (en gros, je ne les dessine pas en mouvement, mais debout à ne rien faire en laissant s’exprimer leur tempérament).

Croquis personnage rat des villes, rat des champs

Quand mes personnages sont définis, je les fais “jouer” comme au théâtre le rôle qu’ils doivent tenir dans l’image. Pour mon illustration, je choisis l’instant où les rats entendent un bruit et filent se cacher paniqués, faisant valser leur dîner. Je dessine la scène sans contrainte de format ou même sans chercher à faire beau, simplement pour mieux ressentir les personnages et mieux visualiser la scène. C’est un dessin pour soi-même.

Croquis situation rat des villes, rat des champs

Ensuite, je dessine très sommairement des toutes petites compositions en changeant l’angle de vue et la répartition des éléments dans la scène et je sélectionne mon choix préféré (On peut toujours demander son avis à des amis, dans ce cas-là je vous conseille de pousser vos compositions beaucoup plus loin que les miennes…
Pour un travail professionnel, on présente généralement 3 ou 4 propositions de composition au client, il faut les pousser suffisamment pour que le client comprenne complètement la scène. On appelle ces esquisses les “roughs” et ça se prononce “reuf”).
À cette étape, multipliez les recherches et soyez sincères avec vous-même : ne choisissez pas une composition parce qu’elle est plus simple à réaliser. Choisissez la meilleure : apprenez à être exigeant. Vous progresserez plus en passant trois jours sur une illustration difficile qu’en dessinant cinquante fois des choses que vous maîtrisez déjà.

rough rat des villes, rat des champs

II Le crayonné

Une fois que vous avez sélectionné l’image que vous allez “pousser” en illustration, commencez à dessiner votre crayonné à la taille de l’illustration définitive en vous inspirant de vos recherches de personnage, du croquis de mise en situation, de votre composition choisie pour le placement et, à la fin de votre crayonné, de documentation pour ajouter de la crédibilité à vos objets (par exemple pour mon illustration, j’ai pris une documentation pour le tapis).

Lorsque votre crayonné est abouti, reportez-le au crayon gris (HB) sur votre papier Canson soit avec une table lumineuse, soit en superposant votre feuille Canson à votre crayonné posé sur une fenêtre (les fenêtres sont des bonnes tables lumineuses en plein jour !). N’appuyez pas trop ! Soyez souple avec votre tracé…

Crayonné et repport du croquis

III L’encrage à la plume

Il s’agit de tracer les lignes de contours en noir. La plume permet des variations de l’épaisseur du trait. On appelle ces variations, les “pleins” (trait épais) et les “déliés” (traits fins). Autant dire que si c’est la première fois que vous faites un encrage à la plume : vous allez le rater. Au bout de la cinquantième fois si vous êtes satisfait : c’est que vous êtes surdoué. Donc exercez-vous en amont, soyez patient et persévérant !

Cinq astuces pour mieux encrer à la plume :

  1. Maitrisez votre respiration : tracez en soufflant, lentement, gardez le contrôle de votre stress.
  2. Si c’est la première fois que vous encrez, certains fabricants de plumes y mettent un produit qui les rend à peine utilisables à l’achat… Utilisez un briquet pour brûler votre plume avant la première utilisation et retirez ce verni.
  3. Utilisez votre plume pour qu’elle se fasse à votre main avant d’encrer avec.
  4. Ne plongez pas votre plume dans l’encre de chine, allez-y doucement, si votre réservoir est trop plein vous allez faire des pâtés….
  5. Encrer prend du temps ! Restez concentré, si vous encrez un personnage, cela peut prendre sans problème trois heures, surtout si vous débutez. Rares sont les professionnels qui encrent vite. En réalité, nous apprenons à rester concentrés plus longtemps et donc à travailler plus que les autres. Évidemment, nous devenons de plus en plus rapides, mais dessiner et encrer prend toujours du temps.

Et voilà notre dessin “Le Rat des villes et le rat des champs” encré ! Si vous faite de la BD, on parle de “ligne claire” pour ce type d’encrage. Simplement le trait de contour, c’est beaucoup moins simple qu’il n’y parait car en lignes claires : toutes les erreurs de dessin sautent aux yeux !

Encrage à la plume

IV Le lavis

Avant toute chose, il est important que vous sachiez à l’avance comment vous répartirez vos “valeurs de gris” sur votre image. Je vous encourage donc à réaliser plusieurs tests de composition en valeur de votre image.

Pour se faire : recopiez encore une fois votre dessin en petit 3 ou 4 ou 20 fois et décomposez votre image en utilisant uniquement 3 valeurs de gris différentes. Un gris clair, un gris moyen et un gris foncé. Essayez d’utiliser ses valeurs pour “découper” les silhouettes et améliorer la lisibilité de l’image. (Voyez comme j’ai utilisé mes valeurs pour faire ressortir l’assiette en premier plan, mais aussi la silhouette des rats sur une porte complètement blanche ! Au-delà de cette fonction de “mise en contraste”, la répartition des valeurs joue également un rôle esthétique dans une image. Je vous propose de vous concentrer dans un premier temps sur l’aspect “narratif” (raconter une histoire) puisque c’est le thème de mon blog et que je suis convaincu que c’est la meilleure approche pour obtenir quoi qu’il arrive un résultat intéressant pour un maximum de personne (Simplement parce qu’il raconte quelque chose et que les gens aiment les histoires. )

1 ) La préparation du lavis :

Dans un récipient, mélangez de l’eau en ajoutant de l’encre de chine petit à petit, testez régulièrement votre mélange en l’utilisant avec votre pinceau sur une feuille. Lorsque vous avez obtenu votre “gris moyen” (pas plus noir que blanc), répartissez votre mélange dans les 3 récipients. Réservez un des récipients tel quel, ajoutez dans l’un des deux autres de l’eau jusqu’à obtenir votre “gris clair” (en le testant) et dans le dernier pot ajoutez de l’encre de chine pour obtenir votre “gris foncé”.

Obtenir le gris moyen

2) Appliquer les valeurs de base

Maintenant, répartissez 3 valeurs comme vous les aviez définies sur votre composition, utilisez le pot de lavis sombre pour le gris foncé, le pot de lavis moyen pour… euh… Vous avez compris non ? Essayez au maximum d’appliquer votre l’avis sur toute la surface en partant du haut vers le bas sans jamais revenir sur vos pas et avant qu’il sèche ! (oui, il faut être assez rapide et c’est comme pour tout, il faut beaucoup s’entraîner).

Ne Passez d’une valeur à l’autre qu’une fois que les lavis appliqués sont secs ! Sinon, ils pourraient se mélanger entre eux…

Et vous voilà avec une image en valeur bien répartie ! Euh… En fait moi, j’ai décidé de changer une de mes valeurs au dernier moment en plus sombre… Faites plutôt ce que je dis que ce que je fais pour le coup.

Valeur de base

3) Les ombres et effets

Suivant votre niveau de dessin et aussi le style de votre image, vous pouvez dessiner les ombres en faisant bien attention de conserver votre composition en valeur. Il est également possible de rajouter des effets en utilisant le lavis de plusieurs façons.

  1. Utiliser un lavis sombre sur une surface humide plus claire.
  2. Utiliser un lavis sur une surface sèche et l’étendre avec un pinceau humide
  3. Superposer des couches de lavis en attendant qu’il sèche

Je propose de faire des essais également avec du papier froissé, des éponges, des projections à la brosse à dents, en utilisant de la gomme liquide (liquide de masquage/drawing gum) pour multiplier vos essais vers des techniques toujours plus créatives !

V Le résultat !

J’ai été assez traditionnel et j’ai ajouté peu d’effets : voici l’image définitive !

J’espère que cet article vous a motivé à passer immédiatement à l’action pour réaliser, vous aussi, vos créations avec la technique du lavis !

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Les meilleurs illustrateurs ont débuté un jour et leur secret
est de ne jamais s’être arrêté d’apprendre et de s’exercer !
Restez toujours actif et motivé !

A bientôt sur dessineretecrire.com !

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7 commentaires sur “Le lavis à l’encre de chine

  1. La subtilité de cette transition vers l’illustration elle-même est juste sublime ^^
    Plus sérieusement, faire une présentation d’un style graphique puis enchaîner avec la méthode de sa réalisation pour finir sur un exemple de création qui n’est qu’autre que … suspense …. la 2eme illustration de La Fontaine, est juste superbement bien trouvé. Ça ajoute du piment (si on veut) dans la lecture; une touche agréable qui nous donne d’avantage envie d’apprendre les technique de l’art en question. C’est bien fait.
    PS : “Le rat des villes et le rats des champs” est un très bon choix pour ce thème.

    1. Merci Adam ! Je suis content que ça te plaise, j’ai essayé d’écrire mon artcile avec plus d’originalité 🙂 .
      Je suis vraiment content que tu nous suives sur “dessiner et écrire” c’est super ! Merci pour ton soutien

      1. Je vous en prie, a vrai dire, j’ai découvert comment m’abonner aux newsletter et du coup je suis notifié des que possible, c’est ainsi plus simple que de vérifier a chaque fois si il y a du neuf sur le blog.

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