Quel état d’esprit avoir pour progresser en illustration ?

Pour ma dernière illustration dans le cadre de mon défi d’illustration de fables de La Fontaine, j’ai voulu dessiner de façon très graphique en m’inspirant du travail de Jonathan Edward. Je ne veux pas copier son style, mais progresser toujours plus en abordant différentes techniques.

Je ne suis pas du tout familier avec ce type de style graphique et j’ai donc dû apprendre, adapter et tester différentes solutions pour y parvenir.

Voici l’illustration définitive de la fable “L’aigle et l’escarbot” de Jean de La Fontaine

20180415 L'aigle et l'escarbot Mise en page

Cette aquarelle a été réalisée en 2 ou 3 heures, MAIS, j’ai fait des recherches sur plusieurs jours et j’ai multiplié les essais et les mauvaises pistes jusqu’au dernier jour.

Je suis parvenu à une image dont je suis satisfait (pour le moment du moins Smile ) , elle m’a permis d’explorer des terroirs inconnus en matière de graphisme et elle va probablement faire évoluer mon travail à l’avenir.

Pour réaliser cette image, j’ai entassé un nombre incalculable d’esquisses “inmontrables”. À vrai dire, je pense qu’il s’agit de presque 90% de mon travail sur cette illustration.

Croquis aigle et excarbot

Un florilège d’esquisses préparatoires pour l’illustration “l’aigle et l’Escarbot”  (et il y en a eu beaucoup d’autres).

La composition finale a été créée à l’informatique sur le logiciel Photoshop. Vous pouvez vous rendre compte que beaucoup d’idées sont passées à la trappe et que rien de tout ça n’est très “joli” : c’est le quotidien du dessinateur… À moins de dessiner uniquement ce que l’on sait déjà faire.

 

Quel est l’état d’esprit qui vous fera progresser ?

Dans notre monde super connecté actuel, il faut régulièrement montrer son travail sur les réseaux sociaux pour obtenir de la reconnaissance, mais aussi pour trouver du travail en tant qu’artiste.

En général, les dessinateurs postent sur les réseaux sociaux ce qu’ils considèrent comme leurs meilleurs travaux, et vous trouvez sur les profils “instagram” ou “twitter” d’artistes connus, les meilleurs croquis et les meilleures illustrations de ces artistes.

À cause de ce phénomène, les dessinateurs amateurs ou “en développement” copient ce modèle et engagent presque invariablement tous leurs efforts à produire les plus belles images et croquis possibles pour obtenir de la reconnaissance. De ce fait : ils évitent de dessiner des sujets qu’ils ne maîtrisent pas.

Ainsi, nous nous retrouvons avec des dessinateurs qui savent dessiner par exemple des guerriers médiévaux, des personnages de manga, des fées et des elfes ou copier des portraits “réalistes”. Mais qui n’ont pas de compétences réelles sorties de ces sujets, ce qui les limite ensuite d’un point de vue professionnel. Il est quasiment impossible pour eux de s’adapter à une commande…

Même si vous souhaitez dessiner uniquement dans un style précis, dans le cadre professionnel ,et même pour illustrer vos propres histoires, vous serez obligatoirement contraints de dessiner des choses que vous ne maîtrisez par un jour ou l’autre : c’est inévitable. Il faut vous préparer à ceci pour ne pas “rater” au mauvais moment.

Dans l’apprentissage, il faut accepter que la quasi-totalité de vos dessins seront ratés et envisager chaque exercice comme un moyen de progresser plutôt qu’un prétexte à faire une belle image. (Vous verrez qu’avec le temps, la notion de “belle image” évolue avec votre sens du goût.)

Grâce à cet état d’esprit, vous vous préparerez à appréhender des nouveaux sujets ou des nouvelles techniques ce qui vous permettra de devenir un meilleur professionnel, plus réactif et créatif. En tant qu’amateur “éclairé” c’est également un état d’esprit qui vous permettra de vous épanouir davantage dans vos créations.

Petit à petit et grâce au travail fourni sur chaque nouvelle illustration, l’étude d’un style ou d’un nouveau sujet se fera de plus en plus rapidement et avec plus de facilité, c’est la raison pour laquelle vous devez dès maintenant produire un maximum d’efforts et adopter cet état d’esprit pour en profiter pleinement demain !

Comment faire progresser son style concrètement?

La raison qui influence les dessinateurs débutants à se répéter inlassablement est simplement due à la peur de l’échec et du jugement.

Chaque dessinateur avec le temps et l’expérience fabrique ses propres “recettes” pour aboutir à des effets particuliers ou à la construction de personnage, de décor et de composition.

On peut imaginer la réalisation d’une image avec un sujet maîtrisé comme un trajet avec des indications de GPS très évoluées.

Par contre la réalisation d’une image que vous ne maîtrisez par s’apparenterait plus à un trajet dans un endroit inconnu et avec une carte dans une langue que vous ne maîtrisez pas… Pour s’en sortir, il va falloir trouver des points de repère et apprendre une nouvelle langue.

Pour faire progresser votre style, il va falloir que vous appreniez des “nouvelles langues” et que vous preniez le risque de vous perdre !

Ainsi, il vous faudra multiplier les dessins et les recherches dans un objectif précis : définir quelle est la façon la plus rapide pour obtenir un résultat souhaité.

Toutes les recherches ont pour objectif de vous éviter de faire des erreurs dans la réalisation de votre nouvelle image et de définir clairement une feuille de route à appliquer scrupuleusement pour obtenir le résultat escompté. Au stade des recherches, il ne faut surtout pas hésiter à faire des erreurs et à en accumuler le plus possible ! C’est grâce aux échecs et aux erreurs que vous pourrez vous corriger !

Vous évitiez les erreurs depuis le départ ? Vous aviez tort.

La solution se trouve invariablement dans la compréhension de vos erreurs !

Ainsi le meilleur dessinateur est sans nul doute celui qui a accumulé le plus d’échecs et qui a su en tirer parti !

Mes multiples recherches pour ma dernière illustration m’ont permis d’établir mon carnet de route sur tout mon processus créatif.

J’ai pu me concentrer sur la réalisation de mon image sereinement.

J’ai su réserver dès le départ des zones blanches dans mon dessin et utiliser la technique du drawing gum pour les masquer. Mais également faire le choix d’une encre acrylique pour avoir un jaune saturé, et peindre un fond vert clair sur mon décor, etc. Et tout cela à l’avance.

Process aigle et excarbot

Voici les étapes de réalisation de mon illustration, malgré le fait que le style de dessin soit totalement nouveau pour moi, je me suis servi de toutes mes recherches pour planifier à l’avance la réalisation de mon illustration étape par étape.

Vous pouvez vous épargner des recherches en suivant un tutoriel par exemple, mais c’est la pire chose à faire pour aboutir à une compréhension profonde du dessin, à une philosophie personnelle et donc à un style personnel.

Les recherches vous permettent en réalité de créer vous-même et à l’avance “votre” tutoriel pour aboutir à une image personnelle.

C’est grâce à cet état d’esprit que vous vous différencierez des autres dessinateurs, car c’est l’état d’esprit qui vous fera déboucher sur une approche unique : la vôtre.

Grâce à cette pratique, vous pourrez établir vos priorités dans la réalisation d’une image, vous saurez pourquoi vous dessinez d’une façon plutôt qu’une autre et vous serez amenés par ce travail de réflexion profonde à déterminer clairement quel type de dessinateur vous êtes. Vous vous affranchirez d’une posture que peuvent avoir certains dessinateurs amateurs qui sont dans la répétition (dans le discours) de dogmes sans les comprendre (par exemple : “il ne faut pas utiliser de couleur saturée en arrière-plan” est un dogme dont on peut s’affranchir dans certains cas : si vous souhaitez vous en affranchir, sachez pourquoi.)

Et après ?

Renouveler ce type d’expérience aussi souvent que vous le pouvez avec des styles très différents du vôtre et avec la ferme intention de progresser.

Challengez-vous le plus souvent possible pour obtenir plus de vous-même !

Restez ouvert d’esprit quoiqu’il arrive, vous pourriez tout à fait faire évoluer votre dessin grâce à une étude d’un style avec lequel vous n’avez pas d’affect.

Accepter les échecs. Il faut absolument comprendre que ce n’est pas en évitant d’échouer que nous progressons, mais au contraire en échouant et en apprenant de ses erreurs. Tout au long de notre vie.

“ D’échec en échec jusqu’à la victoire. “

Globalement, pour obtenir n’importe quel niveau de dessin, vous pouvez vous fier au contenu de cet article, mais également à mon article sur la documentation. Et en accumulant un maximum d’heure de travail, vous parviendrez à vos objectifs à coup sûr !

Pour vous rendre compte de mon travail sur une autre illustration et dans un autre style, j’ai pris quelques photos sur mon travail sur la fable “Le corbeau et le Renard” de Jean de la Fontaine inspiré du travail de Loïc Jouannigot (je suis très loin de tout archiver encore une fois…)

recherches 1 le corbeau et le renardRecherchers 2 le corbeau et le renard

Pour cette illustration j’ai fait des essais pour réaliser le dégradé à l’aquarelle, mais également de nombreux dessins de poses différentes pour mes personnages, des croquis d’expressions, des tests couleur en tous genres et également des recherches de compositions. J’ai dessiné plusieurs fois le dessin définitif… Bref comme toujours, il y a beaucoup plus de travail en amont que sur l’illustration définitive.

Je fais attention à archiver dans la mesure du possible les recherches qui pourraient servir à des illustrations à venir pour me faire gagner du temps petit à petit. C’est également grâce à ce type de démarche que vous ferez évoluer votre travail plus rapidement.

L’illustration définitive :

201802 LE CORBEAU ET LE RENARD ILLUSTRATION INSPIRATION LOIC JUANNIGOT MISE EN PAGE

Je vous laisse à une petite réflexion dont nous pourrons ensemble discuter en commentaire :

Le travail du dessin en numérique permet facilement de recommencer et d’effacer ses erreurs, l’ensemble du travail préparatoire peut se faire sur un fichier informatique qui évoluera d’une esquisse à la réalisation d’une illustration définitive.

Avec l’informatique et des logiciels comme “Photoshop”, “Clip Studio Paint” ou “Painter” (et bien d’autres), il est à la fois plus aisé de faire des essais et moins naturel de les archiver comme on peut stocker nos carnets de croquis. L’écueil dans lequel tombent énormément d’illustrateurs numériques est d’aboutir à un style assez impersonnel, car ils manquent de recul par rapport à leur travail.

Généralement, on obtient davantage de recul en observant son processus créatif dans son ensemble (et donc ses recherches et tous nos petits “ratés”).

Afin d’obtenir le meilleur des deux mondes, lorsque vous travaillez à l’informatique, prenez le temps de réaliser des esquisses préparatoires et de donnez-vous le temps de réflexion nécessaire qui vous permettra de réaliser des images audacieuses et pas uniquement des images qui “fonctionnent”. En bref, prenez le temps de faire des vrais “choix”.

Les meilleurs illustrateurs ont débuté un jour et leur secret
est de ne jamais s’être arrêtés d’apprendre et de s’exercer !
Restez toujours actif et motivé !

À bientôt sur dessineretecrire.com !

L’illustration “L’Aigle et l’Escarbot” a été gagnée dans un concours sur mon compte Instagram et l’original sera envoyé à la gagnante très vite.

Pour rester en contact et vous tenir informé lorsque je fais ce type de concours : inscrivez-vous à mon instragram (cliquez ici)

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6 commentaires sur “Quel état d’esprit avoir pour progresser en illustration ?

  1. Merci Timothée pour ce partage sur ta philosophie du dessin et ta motivation que tu arrive à nous transmettre.
    J’aime beaucoup tes conseils pour mieux organiser son travail.
    Continue à nous transmettre tes savoirs , tu es super !!!

  2. Salut Timothée!
    J’ai beaucoup apprécié ton article et les conseils que tu nous donnes. Magnifique sujet que sont les Fables de La Fontaine. Je travaille en ce moment dessus avec mes classes de sixième, j’aurais beaucoup aimé étudier ton dessin avec eux.
    En ce moment, j’ai très envie de me reconvertir dans l’ illustration. J’ai d’ailleurs prévu de suivre une formation en dessin, dès la rentrée prochaine. En attendant, je sais qu’il va falloir que je travaille énormément et comme tu dis, ne pas avoir peur de faire des erreurs!

    J’ai trouvé également très intéressant de voir tes brouillons. En fait, le dessin c’est comme l’écriture: le secret, c’est l’entrainement constant!
    J’ai hâte de lire tes prochains articles!
    A très bientôt,
    Géraldine

    1. Merci Géraldine, ça me fait vraiment plaisir :). Je te souhaites vraiment d’essayer l’illustration, c’est très enrichissant ! Pour ce qui est de la formation, je vais mettre en ligne une interview d’un formateur “Richard Vatinel” toute la seconde partie de l’interview porte sur la formation au dessin et je pense que tu pourras trouver des pistes pour l’avenir !

      Encore merci 😉

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